EXTRAIT DE L’HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II
Messe de canonisation, 12 novembre 1982

La Bienheureuse Agnès de Bohême, même si elle a vécu à une époque si éloignée de la nôtre, demeure encore aujourd’hui un exemple éclatant de foi chrétienne et de charité héroïque, qui invite à la réflexion et à l’imitation.

Les mots de la première lettre de Pierre sont bien adaptés à sa vie et à sa spiritualité : « Soyez modéré et sobre, consacrez-vous à la prière ». Ainsi a écrit le chef des apôtres aux chrétiens de son temps; et a ajouté : « Surtout, gardez une grande charité entre vous… Pratiquer l’hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer » (1P 4, 7-9). Tel était précisément le programme de vie de sainte Agnès : dès son plus jeune âge, elle orienta son existence à la recherche des biens célestes. Refusant certaines propositions de mariage, elle décida de se consacrer totalement à Dieu, afin que dans sa vie il soit glorifié par Jésus-Christ (cf. 1P 4, 11).

Ayant appris des Frères Mineurs, alors arrivés à Prague, l’expérience spirituelle de Claire d’Assise, elle voulu suivre l’exemple de la pauvreté franciscaine : avec ses propres biens dynastiques, elle fonda à Prague l’hôpital de Saint François et un monastère où elle-même a fait son entrée le jour de la Pentecôte de 1234, professant les vœux solennels de chasteté, de pauvreté et d’obéissance.

Les lettres que Sainte Claire d’Assise lui a adressées pour la presser de poursuivre le voyage entrepris sont restées célèbres. Ainsi naquit une amitié spirituelle, qui dura près de vingt ans, sans que les deux saintes femmes ne se rencontrent.

« Faites preuve d’hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer » (1P 4, 9). C’était la norme qui inspira constamment l’action de Sainte Agnès, acceptant toujours en toute confiance les événements que la Providence permettait, dans la certitude que tout passe, mais que la Vérité demeure pour toujours!

C’est l’enseignement que la nouvelle sainte vous donne aussi, chers compatriotes, et donne à tout le monde. L’histoire humaine est en mouvement constant; les temps changent avec les différentes générations et avec les découvertes scientifiques; de nouvelles techniques mais aussi de nouvelles inquiétudes apparaissent à l’horizon de l’humanité, toujours en mouvement : mais la vérité du Christ, qui éclaire et sauve, persiste dans l’évolution des événements. Tout ce qui se passe sur terre est souhaité ou permis par le Très-Haut pour que les hommes aient soif ou aspirent à la Vérité, la soignent, la recherchent et l’atteignent!

« Que chacun vive selon la grâce reçue, en la mettant au service des autres », écrivait à nouveau saint Pierre, et concluait: « Quiconque  exerce une fonction, le fait avec l’énergie reçue de Dieu, afin que Dieu soit glorifié en tout par Jésus Christ » (1P 4, 10-11). Dans sa longue vie, troublée aussi par les maladies et les souffrances, sainte Agnès a véritablement rendu son service de charité avec énergie, pour l’amour de Dieu, en contemplant comme dans un miroir Jésus-Christ, comme lui avait suggéré sainte Claire : « Dans ce miroir la pauvreté bénie, la sainte humilité et la charité ineffable resplendissent » (Lettre IV).

Et ainsi Agnès de Bohême, qu’aujourd’hui nous avons la joie d’invoquer « Sainte », même si elle a vécu dans des siècles si loin de nous, a joué un rôle important dans le développement civil et culturel de sa nation et reste notre contemporaine pour sa foi chrétienne et pour sa charité : elle est un exemple de courage et d’aide spirituelle pour les jeunes femmes qui se consacrent généreusement à la vie religieuse; et un idéal de sainteté pour tous ceux qui suivent le Christ; elle est une incitation à la charité, exercée avec un dévouement total à tous, surmontant toutes les barrières de race, de personnes et de mentalité; et une protectrice céleste de notre pénible voyage quotidien. Nous pouvons donc nous tourner vers elle avec beaucoup de confiance et d’espoir.

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