Patience de sainte Claire

Ses maux et sa maladie

Pendant quarante ans1, cette vierge courut dans le stade de la pauvreté, cherchant à remporter le prix2 de la vie. Comme, mue par cet espoir, elle considérait légères les peines, elle avait volontairement subi nombre de supplices; elle avait macéré son corps par des souffrances variées, pour que sa terre, riche du germe multiple des mérites, soumise à de nouvelles cultures et labourée d’un dur soc, soit plus féconde d’une nouvelle moisson qui croît; alors commencèrent à augmenter les maux de la chair, à s’affaiblir son corps, accablée par le poids d’une longue maladie. Selon un plan de Dieu, croit-on, elle que la vaillance de ses œuvres rendit étincelante de splendeur, en souffrant, est plus remarquable encore par ses mérites et la souffrance la rend victorieuse, elle à qui ses vaillantes actions avaient donné de resplendir de trophées après la victoire sur les ennemis.

Les ressources qu’elle s’est acquises sont conservées par la patience, gardienne des vertus3, laquelle se réjouit d’apporter de nouvelles richesses.   N’excelle pas moins la patience de la malade – patience qui, comme une vertu trésorière, conserve les autres vertus – que n’importe quelle autre des propres vertus qu’elle peut mériter. Elle concilie le mérite d’acquérir et la préservation de ce qui a été acquis : «Il ne faut pas moins de vertu pour garder ce qu’on a acquis que pour l’acquérir.»

La patience se fait la serrure des vertus, l’amie de la paix. Plus noble que toutes, elle resplendit à la cour des qualités morales. Parmi les vertus, elle semble se distinguer davantage; conservant les richesses des autres et les accumulant, elle s’acquiert les récompenses du plus haut éloge. C’est un noble genre de vertus que de mériter par la souffrance4, de vaincre tout en souffrant; rien n’est plus remarquable que cette espèce de vertus : pour celui qui souffre, le mérite se fait d’autant plus agréable que la souffrance est plus douce. Plus est affligé celui qui souffre dans la chair, plus courageux est son esprit. Fréquemment, c’est dans la maladie de la chair que s’accomplit la vertu: si délicieuse est la langueur, si doux le mal, si légère la souffrance, si allégrement elle subit tous les maux que nulle pliante ni murmure ne se font entendre. C’est non seulement avec courage, mais avec grâce, comme s’il s’agissait de délices, qu’elle accueille ainsi toutes les maladies : elle y recherche pour elle-même de grandes récompenses. Son mérite est d’autant plus élevé que se fait plus longue sa maladie; comme le mérite est plus grand, ainsi, plus grande est la gloire.

Extrait de la Légende versifiée de Claire

1. Voir Ps 94 (95), 10.
2. Voir 1 Co 9, 24.
3. La «patience» est, étymologiquement, la capacité de souffrir («patior») et se rattache à la «passion» («passio», qui désigne ce qu’on supporte et qu’on traduit aussi par «souffrance»). D’après Grégoire le Grand, la patience est à la fois la racine et la gardienne des vertus; voir GRÉGOIRE LE GRAND, Homiliae in Evangelia, II, 35, 4, éd. R. Étaix, Turnhout, coll. «CCSL», n° 141, 1999, p. 324.
4. Tout au long des vers qui suivent, l’auteur joue sans cesse sur l’idée que la patience («patientia») est la capacité à souffrir («patire»), à endurer la souffrance («passio»).
5. Voir 2Co 12,9.

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